samedi 10 janvier 2009

Article à caractère textuel

Longtemps j'ai considéré les paroles de mes chansons comme des poèmes simplifiés. Des poèmes dont il fallait atténuer la charge littéraire pour ne pas parasiter l'écoute musicale.
En les écrivant, mon souci premier était donc de mettre en valeur la musique, de suivre la mélodie. Je cherchais des phrases ou des groupes de phrases qui sonnaient, mais sans forcément donner à l'ensemble une cohérence littérale (ou littéraire), la cohérence étant apportée par la musique. Au final, le thème de la chanson se dégageait à travers ces touches impressionnistes nées surtout de l'inspiration du moment.
Les conséquences de ce système étaient que j'avais du mal à trouver des sujets de chansons. Les idées musicales s'accumulaient, mais les idées de textes manquaient, je n'avais en quelque sorte "rien à dire".

En revanche, avec une chanson-blague comme "Nouvelle scène française", le texte fonctionnait très bien. C'était l'effet recherché puisque la musique - caricaturale - était volontairement simpliste, ou disons "facile". Je ne craignais pas de lui nuire en peaufinant le texte. Même si la chanson humoristique est un cas particulier et n'est pas mon objectif, j'avais donc la preuve que j'étais capable d'écrire un texte complet sur un sujet précis.

Récemment, j'ai compris qu'écrire des paroles n'avait rien à voir avec écrire un "poème light". Que par exemple, prononcer les "e" muets faisait très poète mais ne marchait pas vraiment dans une chanson. Que des phrases du langage parlé courant pouvaient s'intégrer à une musique sophistiquée même si elles convoquaient le quotidien. J'ai compris plein d'autres choses, ceci en partie grâce au livre de Claude Lemesle, L'Art d'écrire une chanson. Même si les (3000 !) chansons de M. Lemesle ne font pas spécialement partie de mes références, les règles de l'art sont les mêmes pour tout le monde...
Finalement, l'écriture d'une chanson n'est pas la combinaison de deux arts qui seraient la poésie et la musique, mais bien un art à part entière, autonome. Et même si l'objectif est d'obtenir la meilleure association possible des mots et de la musique, le texte "nu" doit pouvoir s'apprécier au même titre que la musique sans ses paroles. Sinon c'est la chanson dans son ensemble qui y perd (plus par moins égale moins...)

Et puis j'ai reçu cette semaine le nouveau numéro de la revue québecoise Spirale (pour qui j'avais écrit un article sur Rufus Wainwright). J'ai été interpellé par un article de Lise Bizzoni intitulé "La chanson, à quoi ça rime ?", qui traite de deux publications récentes : Chansons. L'art de fixer l'air du temps. De Béranger à Mano Solo, de Stéphane Hirschi et Esthétique de la chanson française contemporaine, de Joël July. J'ai retrouvé dans l'analyse que fait l'article de ces ouvrages les conclusions auxquelles j'étais parvenu de mon côté : la chanson est une forme poétique en elle-même. Pour citer Lise Bizzoni : "Hirschi prend donc appui sur la distinction entre la mise en musique et la mise en chanson de la poésie pour montrer qu'il n'est pas déraisonnable d'affirmer que la chanson est autonome."
La lecture de cet article m'a conforté dans l'idée que pour qu'une chanson soit réussie, non seulement le texte devait être bon même seul, mais qu'il devait continuer à l'être après qu'on l'ait éventuellement modifié pour le faire "coller" à la musique (et réciproquement) ; l'un n'est pas soumis à l'autre, mais au contraire, ils se nourrissent... Je ne renie pas pour autant mes anciens textes, qui répondaient malgré tout plus ou moins à ces règles (qui sont aussi là pour être transgressées) et je ne passe pas d'un dogme à l'autre ;  j'ai simplement pris conscience qu'une nouvelle façon de travailler était possible pour moi.

Tout ceci sera peut-être apparu comme des évidences aux auteurs et compositeurs qui passent par ici... mais la vie est un apprentissage permanent !

Sur ces bonnes paroles, je vous laisse en vous souhaitant le meilleur pour l'année qui commence !